L'art d'aimer : qu'en attendent les hommes ?
L'expression "faire l'amour" est plus
redoutable qu'on le croit habituellement : les deux mots qui s'associent ici
pour évoquer une des activités les plus belles de l'existence, n'ont à vrai dire
rien de commun. On croit à l'amour, ou on n'y croit plus, en fonction des
épisodes plus ou moins heureux de sa vie, mais de toute façon il n'est pas
question de contester son caractère "naturel", presque indépendant de soi,
accidentel – que l'on retrouve dans "tomber amoureux" – involontairement. Comme
il n'est pas possible de vouloir être amoureux de quelqu'un, comme nul ne peut
être forcé à aimer, que les sentiments s'installent comme bon leur semblent, cet
automatisme a pour conséquence d'inspirer une incroyable paresse : puisque
"l'amour est aveugle" et sourd à toute logique, laissons le faire son petit bout
de chemin, sans peur et sans reproches. Chacun se présente un peu dans ce
domaine comme une victime consentante d'un destin aux lois assez mystérieuse.
Malheureusement, dès lors que
l'attachement, le désir ou l'excitation, nécessitent d'être exprimés, avoués,
partagés, cette communication emploie un langage qui n'est plus du tout inné,
mais au contraire, formidablement dépendant des modes de pensée et des
"bizarreries" que chaque culture invente pour que les hommes et les femmes
satisfassent leur besoin d'émotions et de plaisir… C'est à ce stade qu'entre en
jeu le mot "faire", faire l'amour, laissant immédiatement entrevoir les risques
que tout passage à l'acte fait courir aux débutants, aux timides, aux ignorants
et, pourquoi ne pas le dire, aux imbéciles. Les corps pourvoient sans peine à
l'essentiel, c'est à dire à la procréation (sinon l'humanité aurait disparu
depuis longtemps) mais pour ce qui est du superflu, de la volupté, du
raffinement, de l'extase même, le succès dépend d'une pratique, d'une érudition…
et de talents, inégalement présents chez tous les candidats à cet apprentissage
assez spécial.
La sexualité masculine est l'exemple
idéal de cette sélection, de cette hiérarchie inédite entre les bons amants et
les novices. Donc très tôt, et très jeunes, les femmes se rendent compte que les
hommes éprouvent du plaisir, quoi qu'elles fassent, qu'il obéit sans effort à un
"programme" sans hésitation et machinal, instinctif. Mais si l'orgasme masculin
est irréfléchi, il est aussi très souvent plutôt subi que vraiment épanouissant
à cause de sa brièveté. Cette "éjaculation prématurée" – qu'il faut comprendre
désormais comme une loi inflexible de la nature et non comme une faute ou un
défaut – va devenir l'ennemi n°1 de l'amour ! Faire honneur à la beauté des
sentiments qu'on éprouve, dominer la pulsion de ses envies, acquérir un minimum
de maîtrise de ses réflexes, voilà les enjeux du bonheur virile : faire l'amour
à un homme qu'on aime c'est rendre son excitation plus intelligente, donc
beaucoup moins "génitale" qu'on a l'habitude de le penser.
Jusqu'à la cinquantaine en effet,
sauf exception, cette excitation ciblée sur le sexe assure toujours un minimum
d'érection… mais aussi sa perte, évidemment, dans la tombée subite et invincible
du désir après l'éjaculation. A celles qui souhaitent mieux comprendre les
attentes de leur partenaire afin de mieux savoir les aimer, il convient de
rappeler que le facteur le plus important, le plus secret du vécu sexuel
masculin, c'est bel et bien cette question de la durée du rapport, de l'aptitude
à en ralentir l'issue "fatale", intentionnellement. Certes, les caresses et la
fellation, les jeux de séduction et les fantasmes, alimentent l'art d'aimer
idéal, mais ce n'est pas l'attente principale de la majorité des jeunes adultes
: même dans des conditions lamentables de complicité et de consentement,
l'éjaculation est gagnée d'avance, sans gloire et sans tergiversation.
Est-il est vraiment utile de donner
des "leçons de
caresses" aux femmes puisque la plupart du temps elles y parviennent
d'instinct ? La raison de cette science infuse de l'amour est trop souvent
oubliée. Il s'agit tout simplement de faire preuve de bon sens et de rappeler
que, gestes et mimiques, vocalisations et sourires, baisers et étreintes,
puisent leurs racines dans le langage affectif et sensuel destiné à l'enfance,
appartiennent au même registre, sont hérités des mêmes apprentissages, que ceux
qui sont destinés à l'enfance, hérités de l'enfance. Donner du plaisir à un
homme, c'est "l'enfanter" ! Quel paradoxe, lorsque l'on note combien la virilité
se veut dominatrice !
C'est après la cinquantaine que les
choses vont progressivement se compliquer, exiger plus d'attention. Les "choses"
ce sont les nerfs. La paresse, la somnolence, l'engourdissement des nerfs, qui
vont exiger beaucoup plus d'excitation pour faire leur travail de messager du
plaisir. La flemme menace la volupté. C'est l'heure des bilans. Pour les couples
qui n'ont pas su, ou n'ont pas voulu dépasser le seuil d'un SMIG sexuel
conjugal (qui a tout même assuré la naissance des enfants) sans passion et sans
honte, la libido du mari va s'éteindre gentiment, en panne de courant... Pour
les autres, une minorité à vrai dire, il est évident que la sensualité érotique
ne doit pas être étouffée sous le poids des habitudes. Pour la femme, raviver le
feu du désir masculin c'est, perfectionner le geste, améliorer l'effet érogène
des postures et des caresses, mais c'est aussi jouer l'amour propre gagnant à 10
contre 1 ! La flatterie est le bon médicament de l'impuissance, et les femmes
amoureuses le savent depuis la nuit des temps…
Jacques Waynberg
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Institut de Sexologie